Le choix de l’expérience

Je vous invite tous donc de penser à la « création » avons-nous, en tant qu’être humain, une possibilité, même limitée, d’inventer notre vie? Mon expérience me montre qu’il existe, en analyse psycho-organique, un concept central à cet égard que j’appelle le  » le choix d’expérience. J’appelle choix d’expérience la manière dont nous vivons, à chaque instant, ce qui nous arrive. Beaucoup de gens pensent implicitement que l’expérience intérieure est une conséquence objective des évènements auxquels nous sommes confrontés. Je pense que cela n’est pas vrai.
Je pense qu’un enfant dont la mère meurt d’un cancer quand il a dix ans, ce sera probablement une expérience très douloureuse mais il n’en reste pas moins que deux enfants différents confrontés à cette perte la vivront différemment. Ce n’est pas seulement qu’un des deux pourra surmonter cette épreuve plus facilement que l’autre. Ce n’est pas seulement une question de résilience. C’est aussi et surtout une question d’interprétation inévitablement, l’enfant inscrira la mort de sa mère dans le contexte de son histoire personnelle, il reliera cet événement à ce qui a précédé et il en tirera certaines conclusions, peut-être conclura-t-il qu’il n’est pas digne d’être aimé puisque sa mère l’a abandonné. Et cette conclusion sera lourde de conséquence dans la suite de la vie.
C’est ici le point crucial. Au moment où il fait ce choix d’expérience, au moment où il conclut qu’il n’est pas digne d’être aimé, l’enfant est-il libre de faire un autre choix d’expérience ? Je pense que je ne répondrai pas trop vite comme spécialiste. J’irai chercher la causalité. Peut-être y a-t-il beaucoup de faits, avant la mort de la mère, qui vont conforter l’enfant dans sa croyance. Peut-être la mère était-elle peu aimable ou dépressive… Comment moi comme psychothérapeute traitant qui entend le récit de mon patient je peux juger la véracité ?
C’est là que ma recherche de l’origine peut se révéler un piège diabolique. Tout récit engendre sa cohérence et risque d’enfermer le patient dans un faisceau de  » preuves  » invérifiable mais très convaincantes. Car  les choix d’expérience que nous faisons à chaque instant ne sont pas des choix isolés les uns des autre. Ils constituent un ensemble plus ou moins structuré dont chaque point renforcé le tout et qu’il n’es pas facile de modifier.
Aussi bien la question n’est pas tant de savoir si l’enfant pouvait faire un autre choix d’expérience à l’époque de la mort de sa mère, que de savoir s’il peut en faire un autre maintenant qu’il est devenu adulte. C’est là ma croyance ou du  moins mon espoir: la psychothérapie ne peut pas changer notre passé mais elle peut changer notre regard sur ce passé, et si ce regard peut changer, ce sera dans le présent, dans l’ici et maintenant de la séance. Adam Buapua
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