La folie

L’étude de la folie montre qu’aux questions: Qui est fou? Qu’est ce que la folie? La réponse apportée dépend des conceptions religieuses, philosophiques et morales de l’époque. Le pouvoir qui impose les idées dominantes est tantôt religieux, tantôt politique, tantôt médical ou scientifique.

Au Moyen-Age, ce pouvoir est religieux; folie et péché sont intimement liés. Le fou peut etre sévèrement puni s’il est déclaré pécheur ou hérétique. Avec la Renaissance (XV et XVI siècle), arrive une nouvelle manière d’envisager le monde: la religion perd de son emprise et des idées philosophiques nouvelles prennent le relais  de la pensée médiévale.

 Même si les écrivains abordent encore très souvent des thèmes religieux, c’est  essentiellement pour  les remettre en question. Les sphères intellectuelles et artistiques prennent de la distance vis-à-vis de la stigmatisation des personnes hors normes par l’idée de pécheur et de ses vices. On ose voir les ombres de l’être humain, les montrer, les décrire, souvent avec ironie et même de manière satirique. Cependant le tragique de la folie finit toujours par revenir, même dans des textes plutôt divertissants au départ. Les fous continuent à être placés dans  des établissements subventionnés par les villes mais  apparaît une grande  nouveauté: les nerfs de fous. L’histoire en est racontée: ses nerfs sont  des bateaux sur lesquels vogue un équipage d’insensés. Elles flirtent  sur les canaux. Elles sont de passage elles sont dans  un entre-deux, elles vont, elles  viennent. La symbolique et claire: passage entre les mondes, entre conscience et inconscience, entre réel et imaginaire.

Toutes les variétés de folie sont représentées: les fous sont en fait des pécheurs selon l’idée médiévale mais  le texte dépasse de beaucoup la simple énumération des vices. Le foisonnement des comportements déments accolés les uns aux autres donne une forte sensation d’étrangeté mais aussi de jeu. Etre fou ne semble pas pesant! On peut rire des vices qui ne sont qu’une des faces de l’être humain: désirs, imaginaire débordant, idées délirantes, par noire mais inséparable de l’homme. On voit plus accessible puisque nous voyons directement les images, atteignant la dimension tragique d’une vision du monde. Tout les thèmes évoqués: vanité des sciences présente de Satan, perversion du monde, errance aveugle dans la vie dépassent de beaucoup la simple description des vices humains.

La folie à donc une  place  considérable dans la Renaissance. Une grande part de la littérature et des articles est marquée par l’imaginaire, les rêveries, les songes, les délires. Que l’on pense  à  Shakespeare qui écrit le « Roi Lear », à  la folie douce et douloureuse, à Cervantès qui invente Don Quichotte, l’homme qui se bat contre les moulins à vent. Chez Shakespeare et Cervantès la folie  occupe une place tragique: rien  ne la ramène à la vérité ni à la raison, et la mort en est le point final. Mais elle est humaine, elle n’est pas une monstruosité, une hydre qu’il faut couper, elle fait complètement partie de la vie des hommes. Sous ses abords inquiétants, ma folie est source de la conscience du tragique et du dérisoire de la vie. La Renaissance est donc la période plus tolérante pour la folie. On parle d’elle, on écrit sur elle, on la peint, on lui reconnaît une part créatrice dans l’art. Elles n’est pas systématiquement signe de péché, elle est parfois joyeuse licence et de toute manière, elle est considérée comme faisant partie de l’âme humaine. Pour les fous, cette période est moins rude que le Moyen Âge où ils risquent de sévères condamnations s’ils sont déclarés pécheurs ou hérétiques, et beaucoup plus libre qu’à la période classique où ils vont connaître un enfermement rigoureux loin des centres urbains.

Dott. Adam Buapua

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