Le désir pédophile

Celui qui cherche à  se convaincre qu’il n’éprouve pas d’émotion érotique avec les enfants est à la fois enclin à les diaboliser… et à les agir à son insu!

Il n’y a bien  entendu rien de commun entre celui qui cède au désir sexuel pour l’enfant et celui qui y résiste, mais pour ce qui est du désir, l’un et l’autre sont embarqués dans la même galère. Ils doivent tous deux s’accommoder des composantes sexuelles de leur intérêt pour les enfants. Mais d’où provient ce désir, plus répondu qu’on ne croit? Pas forcément d’un traumatisme précoce dans lequel l’abuseur aurait d’abord été l’abusé, comme on le croit souvent pour tenter de se rassurer.

Le désir sexuel de l’adulte pour l’enfant trouve d’abord son origine dans la satisfaction de trouver chez l’enfant un partenaire soumis: l’adulte demande ainsi souvent à l’enfant ce qu’il n’ose pas demander à  son partenaire adulte. Mais, plus banalement, il est  lié au fait que l’enfant n’éveille pas certaines images pénibles qui compliquent les relations de nombreux adultes avec des partenaires  des deux sexes, comme des fantasmes de « mère phallique ». Ces images, enfouies dans l’inconscient de chacun, viennent toujours plus  ou moins troubler nos relations avec nos semblables et rendre notre désir pour eux ambivalent. Le désir pédophile, lui, en est exempt. Et c’est pourquoi ne pas reconnaître l’existence de tels désir, c’est courir le risque d’être soudain envahi par eux. Le danger est alors d’un céder, en étant en outre persuadé que c’est l’enfant qui porte la responsabilité du passage à l’acte! Les affirmations  de certains pédophiles qui déclarent avoir été séduits par un enfant et lui avoir cédé contre leur volonté doivent être prises au sérieux. Nul n’est plus  menacé de passer à l’acte sur le corps de l’enfant que celui qui nie la réalité de ce désir en lui. Et il est également menacé, plus  que tout autre, par la honte de la pédophilie des autres- qu’il s’agisse de ses proches ou des membres  de sa communauté. La manière dont  il se cache à lui-même ses désirs le conduit en effet à stigmatiser la pédophilie comme un comportement, et pas comme un désir. Il parvient par là à se cacher que l’affection de l’adulte pour l’enfant de toujours une composante sexuelle, même si elle est normalement contenue et sublimée. C’est l’impossibilité d’accepter et d’assumer la honte d’un désir sexuel pour l’enfant à l’intérieur de soi-même qui conduit à la  stigmatisation du pédophile comme « non-humain ».

 Celui qui tente de se cacher à lui-même une excitation sexuelle qu’il éprouve vis-à-vis d’un enfant s’empresse alors d’affirmer que « ce n’est pas lui, mais les autres ». Et lors des campagnes contre la pédophilie, il exige lourdes peines contre les coupables…uniquement pour se convaincre qu’il n’y a rien de commun entre eux et lui.

La culpabilisation de l’accomplissement à l’interdiction de leur réalisation par la loi, suffit amplement à empêcher le passage à  l’acte  si chacun se montre vigilant. Il n’est nul besoin d’invoquer la honte qu’il y aurait à éprouver de tels désirs! D’autant plus que l’invocation de celle-ci, par les angoisses qu’elle suscite, contribue rapidement à diaboliser les coupables d’actes pédophiles – transformés en « monstres » voire en « ogres » – d’une manière qui aggrave encore la fâcheuse tendance que nous  avons à nous cacher l’existence de ces désirs en nous-mêmes.

Rappelons que pour Freud, l’être humain ne peut se socialiser qu’en renonçant partiellement à la réalisation de ses désirs. Il s’est trompé dans la mesure où certains de ceux-ci sont mieux satisfait dans la socialisation: c’est le cas notamment du désir d’attachement et de celui de comprendre. Mais pour beaucoup d’autres désirs, comme il l’avait bien vu, le renoncement est indispensable. C’est le cas des désirs de meurtre et de séduction sexuelle des enfants. Il faut donc ruser avec eux en les « sublimant ». Ce peut être en se faisant enseignant, éducateur ou monsieur… ou bien en choisissant pour partenaires des « femmes enfants » ou des « femmes garçonnet » qu’on choisit d’appeler « mon bébé » … Il n’y a pas de mode d’emploi de la sublimation. Il n’y a qu’une obligation sociale à y parvenir. C’est d’ailleurs pourquoi un thérapeute doit toujours absolument respecter les sublimations d’un patient, même si elles lui paraissent « regressives » ou prendre à celui-ci un temps qui pourrait être mieux employé autrement… On ne sait jamais trop ce qui se cache derrière une sublimation, c’est pourquoi le mieux est de continuer  le travail thérapeutique sans s’en préoccuper. Celles qui sont inutiles ou trop coûteuses en énergie tombent, d’autres se mettent en place, et seules subsistent finalement celles qui sont nécessaires.

Dott. Adam Buapua

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