Cher Pape François

Cher Pape François,

Je vous remercie pour les salutations et les paroles de paix que vous avez prononcé pour nous congolais à l’Angélus le 11 février dernière. Sainteté, notre pays prend conscience de lui-même et de ses droits, mais au lieu de conduire à la démocratie et la paix, la prospérité et la sécurité, cela conduit à des souffrances indicibles: les gouvernants se comportent comme des pères-maîtres ennemis de leurs propres enfants, la république proclamée et la démocratie ne sont que des mots, ils sont réduits à un sigle – RDC – sans vérité.

Et tout se passe dans le silence le plus complet des médias: pendant des années, les émissions de radio internationales ne disent pas, ne voient pas, ne parlent pas de ce qui se passe au Congo, une zone d’ombre mondiale. Et pourtant, ce n’est qu’en brisant le silence, qu’en ouvrant un canal de communication avec les autres, avec le monde entier, que les Congolais (tous les hommes, en général) peuvent trouver la force de faire de la république et de la démocratie une réalité. Chez nous, seuls les prêtres témoignent de tant de souffrances, offrent refuge et protection dans les églises, endurent l’offense de la dictature qui envoie les soldats tuer dans les espaces sacrés, ils partagent avec nous l’espoir que les choses vont changer.

L’Église catholique nous écoute et être entendue signifie se remettre de tout abus. Parce que le Congo est une terre malmenée par une nouvelle forme de colonialisme pratiquée par les multinationales, qui ne viennent pas pour apporter le travail, mais la pauvreté, qui pousse les gouvernants à paraître plus maladroits, avides. Notre actuel ex-président et son entourage se vendent pour trente pièces d’argent (pour des pots de vin importés ) à travers le pays, permettent des ruines, extraient l’or, des diamants et du coltan (indispensable pour smartphone et PC), des terres de l’État, et en leurs poches gonflent, les caisses de l’État restent vides; pour le bien commun, il n’y en a pas.

Votre Sainteté, mon père était à la tête de Bakua Lukusa, un village de la région du Kasaï riche en coltan et en diamants. J’étais un enfant, mais je me souviens que papa prenait soin des gens; en vérité, il voulait devenir prêtre, d’autant plus que la dignité d’un chef de village était à son frère aîné, mais, pour une variété d’événements familiaux, il se trouva lui être, le chef du village et l’a fait à l’échelle humaine, selon les traditions vit encore au Kasaï. Ses richesses dérivant de l’activité agricole étaient la richesse de tout le village: la partie de la culture de maïs qui lui appartenait comme forme de tribut était conservée dans de grands silos et en période de famine, il y en avait pour tous les goûts. Bref, mon père, comme tous les chefs de village du Kasaï, était le garant des biens communs et du bien-être social.

Où sont-ils partis, Sainteté, ces valeurs et ce modèle de bonne gouvernance? L’indépendance post-coloniale qu’a-t-elle produit? Et surtout, que reste-t-il des traditions de nos ancêtres après le départ des colons? Le faux moi d’une politique qui imite les Européens s’est construit sur les décombres d’une identité collective, qui a été et est encore manoeuvrée par certains États occidentaux pour des raisons économiques évidentes: le nouveau colonialisme. Je ne pouvais pas suivre les traces de mon père, je suis parti quand Mobutu a rasé l’université que je fréquentais à Kinshasa. Je continue le travail de mon père ici, à Rome, en essayant de garder vivante la conscience de soi des peuples exilés et de faire connaître les problèmes du Congo par écrit. Je vous envoie l’article que j’ai publié sur mon blog (www.monpourquoi.com) le 11 février pour le « Congo libre » et je vous remercie si vous voulez le lire. Je voudrais venir vous rendre visite dans l’un des auditoires hebdomadaires qui concède aux fidèles et j’espère vous remercier personnellement.

Avec beaucoup d’amour, Adam

 

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