LES ÉLECTIONS DU 30 DÉCEMBRE, ENJEUX ET FUTUR DE LA RDC (Suite)

2. L’ACCORD DE GENEVE: DEVOYEMENT DE L’OPPOSITION ET D’UNE PARTIE DE L’ELITE CONGOLAISE

Cher professeur  Jean-Michel Kumbu, en abordant cette passionnante question, je sais pertinement bien que je vais encore m’ attirer le courroux des partisans et des fanatiques. Mais je n’en peux rien, je suis esclave de la vérité, et de la science,  que je ne peux trucider juste pour faire plaisir, ou être en phase avec tel ou tel autre leader ou personnage.

A. Génèse et paternité de l’accord.

Dans toute élection moderne, y’ a toujours des ingérances extérieures au processus. Celles-ci peuvent se faire en amont, pendant ou en aval du processus.
L’exemple le plus actuel et le plus patent sont les ingérances russes dans l’élection de Trump, qui aujourd’hui font trembler en aval le président élu et ses collaborateurs, dont certains viennent de subir déjà la rigueur de la loi pénale.
On a vu au Congo-Brazza l’ingérance d’une multinationale, Elf, dans la guerre et le retour au pouvoir de Sassou.
Areva le géant français de l’uranium a pesé dans les élections au Niger.

En Rdc, on a vu la Fondation Koffi Anan organiser le voyage des signataires de l’accord de Genève jusqu’en Suisse.
Mais nous savons aujourd’hui avec exactitude que les billets et le séjour ont été payés par une multinationale bien connue, le géant anglo-suisse Glencore, le premier exploitant de cobalt en Rdc!
Présent au Burundi, RCA, Côte d’Îvoire, Mali, Guinée, Sénégal, RSA, Niger et Zimbabwe, cet opérateur, avec sa filière KCC (Kamototo Cooper Company), qui payait des millions de $ chaque année à une société liée à Dan Gertler, homme d’affaires israélien déja sous sanction du Trésor américain pour corruption, afin de faciliter ses relations avec différentes institutions congolaises.
Il s’ agit d’un contrat signé entre KCC , une filiale de Glencore, et Denovo Congo Sprl, société de Gertler, grand ami au président Kabila.
C’est d’ailleurs pour une transaction douteuse signée avec Dan Gertler que le FMI avait suspendu quelques mois plus tôt ses prêts à Kinshasa.
L’Africa Progress Panel de Koffi Annan l’avait aussi pointé du doigt dans un célèbre rapport ( la même Fondation que nous verrons plus loin venir chercher les opposants pour les amener à Gènève, si vous pensez que c’est par hasard!).
Avant de poursuivre, je dois souligner que Koffi Anan en tant que SG de l’ONU a signé le fameux Pacte Global, qui a ouvert la voie aux multinationales d’entrer et de contrôler l’ONU. Et plus tard, le même Koffi Anan deviendra membre du conseil d’administration de Davos ( le club des capitalistes). Et comme par hasard encore, sa Fondation est aujourd’hui dirigée par un certain Alan Doss, ancien représentant spécial du SG de l’ONU (encore le même Koffi) auprès de la MONUC, et qui était le médiateur dans les accords de Genève! Coincidence?

Depuis 2007, Glencore et Dan Gertler étaient pourtant déjà partenaires en Rdc dans 2 projets miniers dont KCC.
Mais il est démontré que depuis 2013, KCC payait en plus chaque année 6 millions $ à Denovo Congo Sprl et à son représentant pour lui fournir toute une série de services, notamment pour le « maintien des relations avec la présidence, le parlement, différents ministères », et même le système judiciaire.

Au début 2018, les difficultés de Glencore en Rdc ont pris une nouvelle ampleur , car le 25 avril, la Gécamines, détenu par l’État avait annoncé demander à la justice congolaise de METTRE FIN À SA CONTREPARTIE AVEC LUI pour l’exploitation du gisement du cuivre et du cobalt de Kamoto.
2 jours plutard, le 27 avril, c’est Gertler qui obtient du tribunal de commerce de Kolwezi un gel de ses actifs en Rdc au motif que Glencore ne lui a pas paié les royalties qu’elle lui devait.
En effet, sorti définitivement du capital de 2 exploitations congolaises de Mutanda et Kamoto en février 2017 après rachat de ses dernières parts par Glencore de 960 millions $, Dan Gertler détient toujours un droit à percevoir des royalties, racheté à la Gecamines.
A ce jour Glencore conteste ce jugement du Tricom de Kolwezi et soupçonne les autorités congolaises de partialité, ainsi, le 30 avril, il a saisi la justice londonienne pour trancher.

Mais pire, à ce jour, Glencore est au cœur d’un bras de fer avec le gouvernement congolais où il a pris la tête d’un groupe des miniers qui s’ opposent farouchement à l’application du nouveau code minier qui réévalue la taxe d’exportation des matières dites stratégiques (cobalt, titanium, germanium, tentale, etc) de 3 à 10 %, code déjà promulgué par le chef de l’État et applicable dès janvier 2019.
Glencore refuse de payer et l’ a fait savoir, qu’aujourd’hui existe une grande tension entre Kinshasa et cette multinationale, comme celle qui existait entre Lissouba et Elf, et qui a causé sa chute par la guerre financée contre lui par le pétrolier français.
Tout recemment pourtant, Glencore a trouvé un accord pour la sauvegarde de la mine de cuivre de Kamoto.
KCC , coentreprise détenue par Glencore à 75 % et 25 % par Gecamines a accepté de recapitaliser l’entreprise, et en cette fin d’année la société pourra payer un impôt sur le revenu.

Mais Glencore est aussi cité dans le dossier Panama Pappers et a au moins 3 affaires judiciaires qui le traînent depuis fevrier 2018 devant la justice congolaise en ce qui concerne le caractere nébuleux de ses activités extractives en Rdc, ainsi que dans la destruction de l’écosystème dans l’ex. Katanga.

A ce jour, sachant le régime Kabila partir et étant en brouille avec lui (par logique avec aussi celui qui pourrait succéder dans le camps de Kabila), Glencore manœuvre et a jeté son dévolu sur l’opposition qui a plus de chance de gagner, d’où la grande messe de Genève supportée par lui et orchestré par Doss, un non-inconnu des milieux d’affaires.
L’homme qui serait sorti du chapeau de Genève serait l’homme-lige des intérêts de cette multinationale, qui allait taire pour un instant les déboires de Glencore, et même, faire reviser ou géler le Nouveau code minier, en retour d’une campagne assurée (la fameuse campagne à l’américaine n’est pas anodine!), et d’un lobbie accru auprès des milieux maffieux internationaux très impliqués dans la vie politique Rdcongolaise.

Dans ce milieu, seul Katumbi y est bien introduit, et c’est pourquoi l’accord est taillé à sa mesure, car dans 2 ans, le candidat de Genève devait organiser les élections pour lui permettre, lui, de prendre son fauteuil.
Il est d’ailleurs surprenant que le consensus trouvé avant entre les 7 signataires va être abandonné pour le vote, après briffieng des 5 autres actuels restants, qui venaient d’avoir un consensus sur celui qui porterai mieux cette charge, pour baliser le retour du seul minier du cartel!
L’argent, les facilités de la campagne viennent de ce milieu, et qui a dicté une position anachronique et suicidaire à son candidat notamment sur la mav (car le but était de boycotter les élections, de créer des troubles pour faire surgir un dialogue suite auquel l’empêché reviendra concourir), qui, lorsqu’il va se rendre compte que tout le plan ne marche pas, va faire faire à son candidat un tonitruant retropédalage qui restera dans les annales de l’histoire politique du pays!

L’accord de Genève n’est qu’une charte des milieux des opérateurs miniers (multinationales, affairistes et capitalistes) désireux de prendre contrôle du cobalt congolais  après Kabila, que devra porter une nouvelle bourgeoisie comprador dirigeante par le chef d’État qui en sortirait.
La guerre entre Lamuka et Kabila repose uniquement sur cette réalité, ce qui rejaillit sur Martin Fayulu qui porte provisoirement ce deal.

A ce jour, après l’échec du premier plan de boycott sanctionné par le retropédalage, les dealers se posent des questions car ils ne sont plus sûrs que Fayulu pourrait gagner, et se tournent vers un autre plan…
Ils viennent d’ailleurs de fermer le robinet des frais de la campagne et doivent évaluer aujourd’hui méme le 23 la suite à réserver à leur deal.

B. Praticabilité

L’accord est à ce jour impraticable et juridiquement caduc, car battu en brèche par la suite des événements (utilisation de la mav, le mm fichier électoral, pas de décrispation ni d’inclusivité, etc).
Les dealers se retrouvent aujourd’hui en évaluation pour ça en conférence des leaders ( cfr article 11 de l’accord).

Le troisième et dernier point, nous en parlerons à la prochaine. Monpourquoi.com

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